Newsletter #23 – L’Éducation non genrée, premier fondement de l’égalité ?

des mains tendent un habit bleu à un garçon, un habit rose à une fille

©  Illustration : Livio Bernardo et Blanche Sabbah

Cette semaine dans la newsletter de Culot

Jessica et Marie-Alix interrogent l’éducation non-genrée. Un samedi sur deux, on t’emmène à la rencontre d’une nouvelle thématique liée au combat féministe.
Toutes nos newsletters sont à lire ici !

L’Éducation non genrée, premier fondement de l'égalité ?

 En 2021, il n’est plus à prouver que les femmes sont en grande majorité plus précaires, moins bien payées, plus souvent victimes de violences que les hommes. Depuis plusieurs années, sociologues, auteur.ice.s, professeur.e.s et psychologues s’interrogent : et si ces inégalités trouvaient leur source dans l’éducation genrée, à la maison comme à l’école ? Pour les parents qui cherchent à s’éloigner de ces schémas tous tracés : à quels freins, à quels murs se heurtent-iels en empruntant le chemin de l’éducation non genrée ? Enquête.

Jessica Martinez et Marie-Alix Détrie, le 10.04.2021

Pihla se creuse la tête sur le cadeau des deux ans de son fils Anton. Il a déjà un ukulélé, des Duplo, une draisienne… Quand enfin, illumination. Elle en parle à Tom, le père de l’enfant. 

– “J’aimerais bien qu’on achète une poupée à notre fils, pour son anniversaire.

– Pardon ? 

– Une poupée.

– Une poupée ? Pour notre fils?

– Il n’en a pas…

Tom la regarde, perplexe. 

– Je n’ai jamais vu de garçon avec une poupée…” 

S’ensuit un débat, drôle et passionnant, retranscrit dans « 30 discussions pour une éducation anti-sexiste », dans lequel on apprend qu’offrir une poupée à un enfant, peu importe son genre, développerait ses capacités d’empathie. Pihla Hintikka, journaliste, co-signe ce livre avec Elisa Rigoulet, autrice. Les amies de longue date ont commencé à écrire ensemble des ouvrages sur l’éducation non-genrée en devenant mères. « On était enceintes en même temps avec Pihla » commence Elisa Rigoulet. « Moi de mon premier et elle de son deuxième. On a passé beaucoup de temps à se confier sur nos questions, nos angoisses, nos peurs, nos envies… Aussi bien sur la grossesse que sur la parentalité ou l’éducation des enfants. Là, on s’est mises à voir qu’il y avait un manque crucial dans la littérature pour répondre à nos questions. La plupart des ouvrages existants sur ces questions n’offrent qu’une vision très traditionnaliste.» Les autrices se donnent alors pour mission de rédiger les livres qu’elles auraient aimé trouver à l’époque. Ainsi, au rythme d’un livre par an, paraissent le « Guide féministe de la grossesse » en 2019, « Fille-Garçon même éducation » en 2020, et aujourd’hui « 30 discussions pour une éducation anti-sexiste ». 

« Ce troisième livre est venu suite aux retours qu’on a eus des lecteur.ice.s sur nos deux premiers ouvrages. Des parents nous disaient “la théorie c’est très bien, mais concrètement comment on fait pour éduquer nos enfants de manière non genrée ?” » continue Elisa. Car comme elles, de plus en plus de parents s’interrogent sur les conséquences d’une éducation genrée. En témoignent la multiplication, ces dernières années, d’ouvrages sur ces thématiques, tels que « Éduquer sans préjugés : pour une éducation non-sexiste des filles et des garçons » de Manuela Spinelli et Amandine Hancewicz publié en 2021, ou encore « Tu sera un homme féministe mon fils », écrit par Aurélia Blanc en 2018. Autant d’ouvrages qui s’adressent principalement aux parents et éducateur.ice.s, notamment par le biais de conseils pratiques pour élever un.e enfant en dehors de la pression du genre. 

 

La cellule familiale, premier cercle de la construction de genre

Dans « 30 discussions pour une éducation anti-sexiste », Pihla et Elisa écrivent des conversations illustrant le sexisme ordinaire, capable d’avoir un impact sur la construction de l’enfant. Au programme : « Les motos, c’est pour les papas », « Maman s’occupe des enfants, papa offre les cadeaux », ou encore « On ne dit jamais “contrôleur” au féminin. » « Il y a dans ce livre des discussions qu’on a eues, d‘autres qu’on n’a pas eues mais qu’on aurait aimé avoir, explique Pihla. Le côté fictionnel nous a permis d’aller plus loin, dans l’idéal de ce qu’on aimerait répondre quand on est confronté.e.s à ce sexisme en tant que parents. Cet ouvrage, en donnant des arguments, encourage à passer à l’action verbalement pour déconstruire ces pensées limitantes. »

La question prend tout son sens lorsque l’on sait que, d’après une étude du CNRS datant de janvier 2020, les enfants associent les concepts « pouvoir » et « masculinité » dès l’âge de quatre ans. Gabrielle Richard, sociologue spécialiste des questions de genres, nous explique comment cet amalgame est possible si tôt dans la vie de l’enfant. « En psychologie sociale, on estime que c’est autour de l’âge de trois ans que se joue le fait de connaître son genre, et de se sentir appartenir à un genre donné. » Un genre qui a même déjà été discuté, mentionné bien avant la naissance de l’enfant. « Pour les personnes qui ont déjà porté ou attendu un enfant, iels le savent, souvent la première question que l’on va poser aux parents va être “Vous connaissez le sexe du bébé ?” » poursuit la sociologue, qui intervient régulièrement dans les collèges et lycées français pour former les éducateur.ice.s, professeur.e.s, CPE ou encore infirmier.e.s à ces questions. « On sait que les attentes et projections autour du genre commencent dès le prénatal (Ndlr : avant la naissance), et peuvent amener certains parents à décorer la chambre de l’enfant en conséquence et orienter les cadeaux en fonction. »

Les sociologues identifient aujourd’hui deux mouvements au sein de ces nouvelles parentalités : d’un côté la « parentalité féministe » ou « sensible au genre », de l’autre la « parentalité neutre sur le plan du genre ». « La première approche consiste à se dire : “Cette société est sexiste. Comment puis-je préparer au mieux mon enfant en fonction de son genre, pour qu’iel puisse évoluer au mieux dans ce contexte ?” », explique Gabrielle Richard. Les parents vont assumer de donner une éducation différente aux enfants en fonction de leurs genres, justement parce que nous sommes dans une société sexiste. Par exemple, « en montrant à leur fille des modèles féminin forts, ou en expliquant davantage l’empathie et l’importance du consentement à leur garçon, pour contrebalancer ce qu’iels vont voir et vivre au-dehors. » Quant à la seconde approche : « Dans la parentalité neutre sur le plan du genre, les parents vont chercher à neutraliser le genre au sein de la sphère familiale. Et simplement dire : “Peu importe qui est mon enfant, mon travail en tant que parent est de l’exposer à la diversité de ce qui est possible. A la fois en termes de jouets, de couleurs, de loisirs, etc.” On va se laisser guider par l’enfant, au lieu de lui montrer quel chemin prendre ». Deux approches différentes, pour un but commun : « rétablir un équilibre et mieux outiller leur enfant dans cette société, pour qu’il ou elle s’explore sur la question du genre. » Et quand bien même la question est posée à la maison, se pose vite un autre obstacle, dès que l’enfant met un pied dehors.

 

L’école, une fabrique des inégalités 

« Il y a beaucoup de parents à qui je parle, qui me disent « J’ai l’impression que tout ce que je mets en place à la maison est un coup d’épée dans l’eau », ou encore « Qui suis-je pour contrebalancer le pouvoir de l’école ? » reprend Gabrielle Richard. Je réponds que dans l’absence d’un contre-discours, on ne se retrouve que face à un discours normé, qui enferme. » Si en France, en théorie, l’école est “laïque, gratuite et obligatoire” depuis la loi Jules Ferry de 1881, un texte censé garantir une éducation universelle pour tou.te.s, dans les faits le milieu scolaire serait aussi un lieu où les inégalités, aussi bien sociales que de genre, sont particulièrement présentes.

Dans son livre paru en 2019, « Hétéro, l’école ? Plaidoyer pour une éducation anti-oppressive à la sexualité », la sociologue documente cette autre source d’influence sur la construction de genre. « L’école influence en envoyant trois types de messages contraignants et répétés : premièrement, elle réitère une binarité de genre, de façon très stricte, en faisant comprendre aux élèves de différentes façons (remarques, ouvrages scolaires, etc.) que l’on est soit une fille soit un garçon, et que quand on est une fille on doit avoir tel genre de comportements. » Deuxièmement, une fois la question du genre posée, l’école contribue, selon elle, à faire comprendre aux jeunes qu’il y a dans cette vision binaire filles-garçons une hiérarchie entre ces deux genres, que les garçons et hommes sont privilégiés au détriment des filles et des femmes. « Cela n’est presque jamais fait de manière formelle. Ça commence avec cette règle grammaticale, selon laquelle “le masculin l’emporte sur le féminin”, ou encore avec la très faible représentation d’autrices ou d’expertes dans les manuels scolaires. » Le troisième message normatif renvoyé par l’école, « c’est l’idée que l’hétérosexualité est ce qui est attendu d’eux et d’elles. A la fois en tant qu’attirance sexuelle, mais aussi comme mode d’accès à la parentalité. On leur présente ce seul et unique modèle. »

La professeure et philosophe Nicole Mosconi, l’une des premières en France à démontrer que l’école participe à créer ces constructions de genres, va même plus loin : dans une étude datant de 2001, elle avance que la mixité scolaire – introduite dans les année 1960-1970 en France – fabriquerait même les inégalités entre les sexes. En s’appuyant sur des observations filmées en milieu scolaire, elle remarque par exemple que dans une classe de CM1 tenue par une professeure, en une heure de cours et sur les 309 interactions professeure-élèves, 59,1% le sont avec des garçons, et seulement 40,9 % avec des filles. Même observation dans une classe de CP avec un professeur cette fois-ci : les interactions professeur-élèves sont de 62,6% avec les garçons, et de 37,4% avec les filles, soit presque de moitié moins. Dans cette étude, la philosophe va également remarquer et illustrer le « double standard » concernant l’appréciation du comportement des filles et des garçons : là où deux garçons sont qualifiés de « très vivants » par leur professeur, une fille est décrite comme « perturbatrice » pour des comportements similaires. Concrètement, les interventions « spontanées » des garçons sont plus souvent tolérées que pour leurs comparses féminines, qui sont presque systématiquement invitées à « lever sagement la main » pour prendre la parole. 

Neuf ans plus tard, en 2010, l’Observatoire français des conjonctures économiques  renouvelle cette expérience. L’étude obtient des résultats très similaires : les enseignant.e.s consacrent en moyenne 44 % de leur temps aux filles, contre 56 % aux garçons. « Souvent, iels ne s’en rendent même pas compte », reprend la sociologue spécialiste des questions de genre Gabrielle Richard. « Les professeur.e.s ont le sentiment de traiter les enfants de la même façon. D’où l’intérêt des études telles que celles de Nicole Mosconi, qui ont été quantifier les prises de parole et le nombre d’interactions de part et d’autres pour montrer ces biais. »

Selon elle, les impacts de ces différences de traitement peuvent être de différents ordres : « En sociologie du genre, on parlerait d’un “ordre du genre.” Très concrètement cela signifie qu’en offrant plus fréquemment la parole aux garçons qu’aux filles, dans des contextes souvent plus valorisants pour les garçons (on leur demande plus souvent d’explorer de nouvelles connaissances, de rappeler les connaissances apprises la fois précédente), tout cela contribue à réitérer dans les esprits de toutes et de tous, que le fait d’être un garçon est valorisé, plus excitant. Leurs interactions avec l’adulte sont plus de l’ordre du renforcement positif. Ça a aussi des conséquences au niveau interpersonnel : sur comment les individus entre eux se sentent comme appartenant plus ou moins à un groupe, à leur classe par exemple. »

 

La révolte sur les bancs de classe

Au fil du cursus scolaire, les conséquences de cette éducation inégale se font en effet remarquer. Dans l’enquête de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) sortie en 2017, les collégiennes françaises déclarent plus souvent des insultes sexistes (11,1% contre 5,9% pour les garçons) et des attouchements sexuels tels que des caresses forcées (7,6% contre 4,5%) et des baisers forcés (5,3% contre 4,2%) au sein du milieu scolaire. Des actes qui interviennent dès l’école primaire selon le rapport de 2018 de l’Observatoire de la violence à l’école, signé Eric Debardieux, spécialiste de la violence en milieu scolaire, où les filles sont par exemple plus nombreuses à être victimes de baisers forcés que les garçons (18,1% des filles, contre 14,9% des garçons). La forme que prend cette violence évolue au fil des classes : dans une enquête parue en 2016 sur le cybersexisme, les auteur.ice.s relèvent que 29% des filles et 16% des garçons ont rapporté avoir déjà vécu au moins un épisode de violence sexuelle dans leur établissement scolaire (déshabillage non consenti, attouchements, gestes sexuels subis et/ou imposés). Dans le même temps, les règlements des établissements scolaires culpabilisent davantage les élèves de genre féminin victimes de cette violence. 

En France, certains mouvements de lutte face à ces comportements systémiques se mettent en place. Le 14 septembre dernier en France, un mouvement féministe lancé par des lycéennes émerge sur les réseaux sociaux. Il appelle les élèves de lycée à s’habiller comme elles le souhaitent, pour dénoncer les règlements intérieurs des établissements jugés sexistes. Sur les réseaux sociaux, des récits d’établissements refusant l’entrée à des jeunes filles en raison de vêtements jugés “provocants” se multiplient. De même que des partages de copies de règlements intérieurs de collèges et lycées montrant que les codes vestimentaires demandés aux élèves sont bien plus fournis pour parler des tenues des filles. Le “contrôle” des tenues vestimentaires relève, dans l’Éducation nationale, des règlements intérieurs de chaque établissement. Quelques jours plus tard, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, invité au micro de RTL, appelle tout.e.s les étudiant.e.s à aborder « une tenue républicaine » à l’école, niant ainsi que ces tenues prétendument « normales » ne sont demandées qu’à un seul groupe social : les filles.

« Quand on est en mesure d’avoir un regard global sur ces types de violences-là, on se rend compte que la dimension genrée est d’une importance capitale pour comprendre aussi un grand nombre de violences qui interviennent en milieu scolaire » reprend Gabrielle Richard. Elle cite : le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, les transphobies, le fait de réprimer les expressions de genres qui sortent du canon binaire garçon-fille, les questions de cyber-harcèlement qui sont très liées à la réputation, notamment des filles… « Et ce sont des comportement réitérés, répétés dans la vie de ces jeunes, du coup pour elleux ça devient très concret. Cela contribue à construire des hiérarchies sociales et des inégalités sociales qui vont par la suite perdurer et avoir des impacts à l’âge adulte », ajoute la sociologue spécialiste des questions de genres. « Beaucoup des constats que l’on peut faire sur les violences sexistes et sexuelles à l’âge adulte peuvent trouver en partie leur origine dans cette construction du genre. L’école bien sûr n’est pas à blâmer pour tout ça, mais elle contribue au problème. » 

 

Vers l’institutionnalisation d’une éducation non genrée ?

Autour de Stockholm, capitale suédoise, plusieurs écoles maternelles ont entièrement repensé leurs approches pédagogiques pour assurer la plus grande égalité possible entre les sexes. La plus connue se nomme « Egalia ». Son objectif est clair : libérer les enfants des attentes sociales relatives à leurs genres. Le changement est à tous les niveaux. Au lieu des traditionnels « elle » et « il », les professeur.e.s s’adressent aux enfants en utilisant le pronom neutre finlandais « hen », ajouté en 2012 à l’Encyclopédie nationale suédoise. Les livres qui leur sont lus ont été choisis pour montrer la plus grande diversité possible dans les représentations de genres. Les jouets sont les mêmes qu’ailleurs : poupées, jeux de construction, tracteurs, camions, dinettes ; à la différence qu’ils sont tous placés côte à côte et mélangés, et non plus clairement divisés en jouets « pour filles » et « pour garçons ». 

Ce modèle fait régulièrement la Une des journaux dans le monde entier. D’ailleurs, en 2010, la Suède est reconnue comme le pays le plus “sexuellement égalitaire” du monde par le Forum économique mondial. On y trouve le taux d’emploi féminin le plus important au monde et environ deux tiers des diplômes sont obtenus par des femmes. Le congé parental y dure en moyenne 480 jours, dont 60 exclusivement réservés aux pères. Depuis une dizaine d’années, on y trouve l’émergence de ce nouveau type d’écoles, qui participe à faire de facto de cette société l’une des plus avancées en matière d’égalité. « A la base de ces écoles, il y a l’idée d’aller dans un premier temps observer ses propres pratiques de transmission de l’éducation, justement parce que les éducateur.ice.s, peu importe le niveau scolaire dans lequel iels interviennent, ont souvent tendance à se défendre d’avoir des pratiques inégalitaires sur le plan du genre, et même sexistes pour certaines», reprend Gabrielle Richard. « Dans ces écoles, leur force est qu’iels se sont filmé.e.s pour observer ces comportement. Iels ont vu que par exemple iels avaient plus tendance à dire aux filles de bien fermer leurs manteaux car il faisait froid et de laisser les garçons courir manteaux ouverts. Ou de traiter différemment une fille ou un garçon qui venait de se faire mal. »

Dans l’hexagone, les réflexions autour d’une éducation non-genrée arrivent timidement depuis quelques années. Par exemple à Rennes, à la rentrée 2020, deux écoles ont entièrement repensé le design de leurs cours de récréation pour en faire des espaces non-genrés. Les terrains de foot ne sont plus au centre de l’école, mais ont été remplacés par des jeux mixtes et des espaces de verdure. Même chose à Trappes, à Grenoble ou encore en Ille-et-Villaine, où trois nouveaux collèges ont ouvert leurs portes, tous trois avec cette attention portée à une cour de récréation neutre. « On voit aussi quelques initiatives émerger dans les crèches ou les lieux dédiés à la petite enfance. Mais c’est rarement systématisé comme dans le modèle Suédois », nuance Gabrielle Richard. « On se rend compte que ce sont en général les gens qui sont déjà déconstruits, qui vont poursuivre dans cette lignée là, donc ça laisse en marge les gens qui ont le plus besoin de faire ce travail.

A ses yeux, cette prise de conscience très progressive ne peut s’affranchir d’une politique globale et engagée de l’Etat. Mais là encore les discussions évoluent doucement. Le 11 février de cette année, pour célébrer la Journée internationale de l’Éducation, ONU Femmes et l’UNESCO ont organisé une série de tables rondes et conférences sur le sujet suivant : « L’éducation des adolescentes au cœur du Forum Génération Égalité », et y ont conviées des adolescentes et jeunes femmes de plusieurs pays. L’occasion pour elles de partager leurs idées, leurs besoins et leurs expériences en matière d’actions pour faire progresser l’éducation des filles adolescentes, et plus généralement l’égalité entre les femmes et les hommes.

Quand on demande à Gabrielle Richard si elle pense qu’il est possible d’atteindre un jour une éducation non-genrée en France, elle tranche : « Si l’on parle du court ou moyen terme, non. Déjà parce que si l’école fonctionnait en huis clos, on pourrait se dire qu’on peut mettre en place des paramètres. Mais comme il faut prendre en compte l’environnement social dans lequel l’enfant grandit, on ne peut pas s’assurer de la neutralité du reste de l’environnement. Mais on peut tendre vers cette direction, déconstruire nos pratiques et nos conceptions trop strictes. » Cette déconstruction passera nécessairement, selon la sociologue, par des prises de consciences individuelles sur le fait que le genre est une construction sociale. « Récemment dans une conférence, un parent non binaire a dit quelque chose qui m’a marquée. Iel a dit : “Je retire le genre partout où il n’est pas nécessaire.” Je trouve cette phrase simple et facile à comprendre. Elle permet de se rendre compte de combien peu important est le genre quand il s’agit de choisir des jeux, des espaces de socialisation pour notre enfant, des vêtements pour l’habiller, des activités à lui proposer. Ce qu’on veut au fond c’est un endroit où notre enfant se sente heureux, en sécurité. Donc cette question du genre, plus on se la pose aussi simplement que ça : “Est-ce que, là, le genre est nécessaire”, plus on va réaliser que la réponse sera “non, en fait ce n’est pas important.” »

Anton, l’enfant de Pihla, a désormais passé l’âge de la poupée : aujourd’hui, c’est sa petite sœur Thelma qui s’amuse avec. Quand il la reçoit, le jour de ses deux ans, il l’appelle Zoé, comme sa meilleure amie de l’époque. « Oui, on nous a fait des remarques. Et oui, tout le monde pensait que c’était une fille avec sa poupée. Mais notre fils l’a beaucoup aimée, autant que sa peluche dinosaure préférée, conclut Pihla. Je ne sais pas si Zoé a aidé à accepter plus facilement l’arrivée de Thelma un an et demi plus tard. Peut-être que c’est juste un coup de chance, qu’il ait toujours été extrêmement doux et gentil avec elle. » Peut-être. Peut-être, aussi, que cette chance a été provoquée ? Rendez-vous, pour en parler, dans une génération.

Étiquettes:

Laisser un commentaire