Newsletter #20 – Futures mères, le droit de savoir, avec Illana Weizman

Newsletter féministe Culot Creative Illana Weimzman

Déjà la 20e newsletter de Culot !

Toutes les deux semaines, on t’emmène plonger avec nous dans un sujet féministe. Cette semaine, Jessica rencontre Illana Weizman pour un entretien passionnant sur le post-partum.
N’hésitez pas à partager et à vous abonner !

Photo : Lirian Ozery

Futures mères, le droit de savoir. Rencontre avec Illana Weizman

 Illana Weizman est doctorante en sociologie et en communication et militante féministe. Mère d’un petit garçon de trois ans, elle vient de publier « Ceci est notre post-partum », un essai qui déconstruit le mythe de la maternité « forcément merveilleuse ». Un an après avoir, avec trois consœurs militantes, lancé sur Twitter le hashtag #monpostpartum, relayé des milliers de fois et qui avait créé un vent de libération de parole entourant la période de l’après-naissance pour les mères, l’autrice raconte les réalités du post-partum dans un livre d’empouvoirement pour toutes les personnes souhaitant enfanter. Rencontre.

Par Jessica Martinez, le 27.02.2021

Quel est ou quels sont les éléments déclencheurs qui t’ont donné envie d’écrire ce livre ?

La genèse, c’est la censure d’une publicité d’un produit pour le post-partum au moment des Oscars, en février dernier. Une publicité pourtant très « soft » qui montrait juste une jeune mère dans son quotidien post-naissance, avec son corps d’après-accouchement. Le fait que cette publicité soit censurée m’a révoltée. Sur mon compte instagram j’ai posté des photos de moi prises quelques jours après la naissance de mon fils.

Avec trois militantes féministes, Morgane Koresh, Ayla Linares et Masha du compte MashaSexplique, nous avons lancé le #MonPostPartum en février 2020. Le hashtag a pris très rapidement, des milliers de personnes qui l’ont repris pour partager leurs expériences. Pour certaines femmes, c’était dix, quinze ou vingt ans après leur post-partum. C’était très émouvant. A la suite de ça, j’ai senti que quelque chose demandait à être libéré.

 

C’est quoi le post-partum ?

« Post » c’est « après », « partum » c’est la « mise bas », ou l’accouchement. Le post-partum, c’est la période qui suit un accouchement. Peu de monde a déjà entendu ce terme, car le c’est une réalité encore très peu représentée dans notre société. 

On a souvent l’idée qu’il serait très court : quelques semaines, quelques mois grand maximum. Ce que j’explique dans mon livre, c’est qu’il n’y a pas de consensus médical autour de l’étendue de cette période-là. Cela dépend des femmes, de leur vécu, de leur grossesse, de leur accouchement. En fonction des chercheur.euse.s et praticien.ne.s de santé, on va parler de trois mois, six mois, parfois jusqu’à un an révolu pour parler de cette période. Certain.e.s psychologues parlent de deux à trois ans pour se remettre vraiment psychiquement de cet évènement. Donc on voit que le post-partum doit être davantage représenté et entendu sur un temps bien plus long.

 

Tu es devenue mère pour la première fois il y a trois ans. Qu’est-ce qu’on t’avait dit du post-partum ? Comment t’étais-tu représentée cette période ?

On ne m’avait rien dit, donc je n’en pensais rien du tout. Je pensais que c’était presque une espèce de non-lieu, que c’était un temps qui n’existait pas réellement. On découvre ce qu’est le post-partum en le vivant car cette période n’est jamais représentée. Nous ne sommes ni préparées, ni renseignées sur la question en amont. Même durant le suivi de grossesse, on nous parle de l’accouchement, mais on ne nous parle pas de ce qu’on va vivre ensuite.

Dans nos sociétés on nous fait croire que le moment où l’enfant naît, c’est le clap de fin d’une grossesse. On est encore dans cette représentation dans laquelle à l’instant où l’on pose l’enfant sur la poitrine de sa mère, il n’y aurait plus rien à raconter d’éprouvant « après ». On est encore dans ce schéma-là où la maternité est présentée comme quelque chose de naturel et de fluide. Et finalement quand on a notre bébé dans les bras, on est censées « gérer comme des cheffes » vu qu’on est « faites pour ça naturellement ». Alors qu’en réalité c’est un apprentissage, il y a beaucoup de difficultés, c’est complètement invisibilisé.

C’est très dangereux pour les mères qui peuvent le vivre de manière déconnectée de leur expérience, en se sentant perdues.

 

A titre personnel, comment as-tu vécu ton post-partum ?

De façon assez chaotique, j’ai vécu huit mois très difficiles. Au fil des semaines, je m’enfonçais dans une espèce d’abîme, je me sentais complètement défaillante. Mais je ne voulais pas le dire, je ne voulais pas le montrer. Parce qu’encore une fois on nous fait croire que c’est tellement « inscrit dans nos gènes » que finalement parler de difficultés aurait été comme faire l’aveu d’être une mauvaise mère.

Je tombais en dépression et j’ai été diagnostiquée aux huit mois de mon fils, mais je ne l’affichais pas. J’ai dû faire une thérapie sur moyen terme pour en sortir. Je sens des restes de cette période encore aujourd’hui, sur lesquels je travaille encore.

Chaque personne le vit différemment, mais on diagnostiquerait une dépression post-partum à quand même une femme sur cinq. Sachant que les problèmes de santé mentale autour de l’après-accouchement est un spectre très large : il y a aussi le burn-out parental, la dépression anténatale (ndlr : avant la naissance) qui arrive à 18% des femmes [NDLR : 17% selon l’étude réalisée sur 2400 personnes enceintes par Jama Network], des syndromes de stress post-traumatique pour certaines femmes qui vivent de manière très traumatique leur accouchement par exemple, ça peut être en lien avec des violences obstétricales et gynécologiques, … On a vraiment tout un panel de difficultés mentales qui n’est pas pris en compte. Quand elles rentrent à la maison avec leur bébé, les mères sont lâchées dans le vide.

 

Dans ton livre, tu parles de tout ce qui concerne l’après-accouchement. Tu parles d’un corps qui pendant plusieurs jours, plusieurs semaines « se vide » de ses fluides, de choses que l’on n’entend jamais sur le post-partum. Pourquoi y a-t-il ce tabou autour du corps des mères ?

Avant même de parler du corps, je pense qu’il y a cette idée que les femmes ont un rôle très précis : la procréation. Une fois qu’on a rempli ce rôle, on ne nous regarde plus vraiment parce que c’est fait. On est enjointes à procréer, mais la conséquence physique, matérielle, notamment ce corps post-partum, on ne veut pas la voir. Je trouve ça absolument terrible. On a cette injonction à la maternité, mais on a aussi les injonctions à coller à une certaine image : il faut être mince, il faut ne pas avoir d’aspérités, il faut avoir la peau lisse, il faut avoir des vagins de jeune fille de ses quinze à ses soixante-dix ans…

Puis, il y a le tabou autour des fluides qui n’est pas nouveau. Le corps post-partum va se vider de litres de sang dans les premières semaines : c’est dû à la plaie qui est laissée par le placenta, qui se détache de la paroi utérine et qui engendre des saignements. Pour certaines femmes ça va durer quelques jours, pour d’autres en moyenne c’est deux ou trois semaines. Dans mon cas, ça a duré six semaines et c’était des saignements extrêmement abondants. Il y a aussi l’incontinence urinaire qui arrive dans vingt pourcent des cas après un accouchement, le lait qui fuit… J’ai vécu tout ça comme si le corps était une épave, une espèce de champ de ruines après une bataille.

Le corps post-partum serait une espèce d’injure aux normes patriarcales. Parce qu’il est affaissé, on a un ventre pendant, c’est un corps qui rappelle la vieillesse quelque part et on est aussi dans une société qui est assez « agiste », qui ne veut pas voir un corps de femme vieillissant. En conséquence, les expériences qu’on va vivre dans ce corps ne sont pas reconnues.

On nous le suggère d’ailleurs tout de suite après accouchement. On me disait déjà, alors même que je n’étais pas remise ni physiquement ni mentalement, qu’il fallait absolument que je retrouve mon  « corps d’avant. » Ça passe par des remarques de la part de la famille, des ami.e.s qui disaient « Oh tu as déjà un peu perdu, c’est bien ! », mais ça n’était pas une volonté de ma part. Donc on est devenue mère, super ! Case remplie au niveau du patriarcat, mais vite vite vite : on te fait comprendre que tu dois retourner dans celle de la « jolie fille », alors qu’on vient de vivre un événement assez traumatique pour le corps. Porter un enfant pendant neuf mois et le mettre au monde, ça n’est pas anodin. Ces injonctions sont infaisables et intenables pour les femmes.

 

Tu parles de l’auto-censure que tu as réalisé t’être imposée pendant les huit premiers mois après ton accouchement, pour ne pas dire que ça n’allait pas. Peux-tu l’expliquer ?

Dans ce schéma de la domination masculine, l’acmé de la condition de la femme serait d’avoir un enfant. Il y a une mythologie toute puissante autour de ce temps-là, qui est de naturaliser ce statut de mère, de le montrer comme quelque chose d’évident, d’exaltant, d’épanouissant. On l’a incorporé depuis qu’on est petite fille, c’est presque du conditionnement. Alors le jour où on devient mère, et où on vit des difficultés, d’abord on a envie d’en parler parce que c’est libérateur, mais en même temps on s’auto-censure. Je me disais : « si j’en parle, on va penser que je suis une mauvaise mère. »

Comme on a incorporé toutes ces normes et qu’on les relaie, quand on parle avec d’autres mères qui ont l’air de gérer mais qui cachent aussi leurs souffrances, il y a du coup comme de la compétition maternelle. On devient un peu « les petites soldates » de ce système, en se taisant. Ce sont des cycles de silence qui se perpétuent, avec l’aide des personnes qui sont victimes de ce système-là.

 

Suite au lancement du hashtag #monpostpartum, vous avez reçu, dans la foule de messages bienveillants et les remerciements pour cette libération de la parole, des messages très négatifs face à ce mouvement. Quels étaient-ils ?

Il y en eu beaucoup au moment du hashtag et je vis la même chose une seconde fois avec la sortie du livre. Les messages le plus virulents sont des messages de mères, qui me disent par exemple que je suis « indigne », que nous « sommes indignes de parler de ça », que « nos mères et nos grands-mères accouchaient et ne se plaignaient pas », « vous êtes une génération de chochottes, de pleureuses ». Et c’est vrai qu’au début c’est vexant, on se dit que des personnes qui ont vécu l’expérience de la maternité, qui devraient être dans la compassion et dans l’empathie, sont en fait les plus virulentes et les adversaires les plus dures. C’est toujours le même discours, je ne l’ai pas analysé dans le livre, où je consacre un chapitre entier à la « compétition maternelle » qui s’inscrit dans un système de domination masculine.

Mais on sent que les femmes qui rejettent ces normes de la maternité vont être rejetées du clan des « vraies mères », celles qui « ne se plaignent pas », « sont faites pour ça », etc. Je pense qu’il y a aussi là une notion de « si je reconnais les souffrances psychologiques d’une autre mère, il va falloir que j’affronte les miennes ». Entre aussi en jeu le fait de ne pas vouloir se reconnaître également victime d’un système.

 

Tout au long de ton livre, tu rappelles que toutes les femmes sont différentes et que personne ne va expérimenter le post-partum de la même façon. Néanmoins tu décris quelle peut être la réalité physique et psychologique de la période post-naissance. Peux-tu nous la décrire ?

Il y a des réalités du post-partum. Chaque corps est différent, chaque femme est différente, chaque psyché est différente. Donc chaque mère en fonction de ses expériences, de sa génétique aussi, va vivre les choses de manière unique. Ca dépend aussi de son réseau d’aide : une mère célibataire peut n’avoir aucune aide (si elle n’a pas de parents, pas de nounou, pas de conjoint.e), ça dépend aussi des situations individuelles.

Ce pour quoi je plaide, c’est d’au moins savoir en amont, d’avoir une idée de ce par quoi on pourrait passer. Que ce soit sur des symptômes physiques qui sont extrêmement courants ou psychologiques. Il y a des symptômes récurrents et il faut être au courant, car au moment où on le traverse on le vivra beaucoup plus sereinement. 

Je parle souvent des tranchées, qui sont les contractions utérines qui vont permettre à l’utérus de retrouver sa taille après avoir expulsé bébé. Je n’avais jamais entendu parler de ces contractions et quand je les ai vécues, ça a été tellement douloureux que je suis partie aux urgences, au milieu de la nuit, je hurlais de douleur, j’ai cru que je faisais une hémorragie, ou qu’un bout de placenta était resté à l’intérieur. En arrivant aux urgences on m’a regardée comme si j’étais une idiote et on m’a dit « mais oui, ce sont les tranchées, c’est normal, ça se passe après un accouchement ». Même quand on est suivies pendant la grossesse, on n’est pas informé.e.s de ce genre de choses. Et les femmes autour de nous ne disent rien non plus, car elles s’autocensurent. C’est terrifiant de ne pas savoir ce qui nous arrive. Et quand on me dit parfois depuis la sortie de mon livre, qu’il faut laisser les femmes dans l’ignorance car sinon on va leur faire peur et elles ne voudront plus avoir d’enfants, je réponds « qu’est-ce que c’est que cette approche infantilisante ? Ça veut dire quoi, on est enfants à qui on fait croire au Père Noël ? » Non. On veut être préparées à des choses aussi bouleversantes dans nos corps et nos esprits.

La peur est bien plus grande quand on vit les choses sans le savoir. Le savoir, c’est le pouvoir. Savoir les choses, c’est se réapproprier son corps et son expérience. Le corps des femmes est encore aujourd’hui un corps observé de l’extérieur avant d’être un corps vécu. Moi j’ai mis deux ans avant de réaliser tout ce que j’avais vécu en post-partum. En le vivant sans savoir tout ça, j’ai cru que mon corps me lâchait, j’ai été complètement déconnectée de mon expérience des premiers mois.

 

En résumé ce que tu dis, c’est quel que soit le moment de la vie d’une femme, on garde le contrôle sur son corps ?

Complètement. On le voit avec les violences obstétricales et gynécologiques, on a un corps médical qui malheureusement est encore traversé de biais sexistes et paternalistes. La gynécologue Laura Berlingo en parle très bien dans son livre « Une sexualité à soi ». C’est vraiment cette idée que les femmes seraient des enfants, que « on sait mieux que vous ce qui est bon pour vous ». Je ne suis pas en train de dire que nous n’avons pas besoin des sachant.e.s, mais il faut qu’il y ait beaucoup plus de choix pour nous. Que ce soit au moment où on choisit un contraceptif, au moment où on entame notre vie sexuelle, au moment où peut-être on va devenir mère. On ne nous parle pas de nos droits en matière de gynécologie.

Près de 5% des femmes sont en syndrome de stress post-traumatique après un accouchement. Ça peut être aussi lié à des gestes qui n’ont pas été consentis, malgré la loi Kouchner qui dit bien qu’il faut le consentement explicite de la mère, par exemple on ne peut théoriquement pas faire un épisiotomie à une femme sans lui dire et lui demander son consentement. Alors que l’OMS recommande maximum 10% d’épisiotomie sur un premier accouchement, les épisiotomies culminent à 30% pour une première naissance. Il faudrait davantage écouter les femmes et répondre à leurs besoins émotionnels quand elles accouchent. C’est un moment d’extrême vulnérabilité. Quand on retrouve ces biais, ces violences-là, c’est triste. Car ça joue sur la santé mentale par la suite.

 

Tu expliques aussi que depuis enfant, la société apprend que c’est « douloureux d’être femme ». Les règles c’est douloureux, être belle et le rester c’est douloureux, l’accouchement c’est douloureux. Tu défends l’idée que si on préparait mieux les femmes aux réalités possibles du post-partum, il serait probablement mieux vécu par les mères.

Déjà en proposant différentes options de naissance aux femmes, (naissance à l’hôpital, naissance à la maison avec une sage-femme, …) on n’est pas obligé.e.s de sur-médicaliser l’accouchement. Se ré-approprier nos expériences corporelles et nos accouchements permet aussi de vivre cette douleur comme quelque chose qui n’est pas une souffrance. La souffrance, c’est un peu la conversion psychologique de la douleur : quand on souffre, on va avoir des séquelles, alors que quand on est dans la douleur, c’est quelque chose qui existe mais qui passe.

 

Tu évoques également des pistes politiques concrètes pour que cet après-accouchement soit mieux vécu par les mères.

Dans le dernier chapitre de mon livre j’explore surtout deux grandes pistes. Il existe déjà des protocoles de suivis post-accouchement (ex : le dispositif Prado, les TISF (personnes rompues à cette problématique du post accouchement), les unités mère-bébés,…) donc il y a des choses qui existent déjà. Mais d’une part, il n’y a pas assez d’informations pour les faire connaître, et ce sont des protocoles de suivis pas systématiques. Il y a entre dix et quinze unités mère-bébé en France, c’est loin d’être suffisant.

Une chose est beaucoup revenue dans les témoignages des mères qui ont répondu au #monpostpartum, c’est ce sentiment d’abandon après la naissance. Elles se retrouvent à la sortie de la maternité, à la maison : non seulement elles ne se sentent pas vraiment prises en charge par les politiques de santé publique, mais en plus le co-parent va retourner travailler très rapidement, car il n’y a pas de congé co-parental adéquat. Même s’ils viennent de le rallonger à 28 jours dont 7 obligatoires, ça reste anecdotique. Ce n’est pas du tout ce dont on a besoin pour une réelle égalité parentale, qui repose quasiment entièrement sur les épaules de la mère dans les premiers mois voir les premières années de la vie de l’enfant. Donc il y a vraiment beaucoup de choses à changer.

On a de très bons exemples de politiques de santé publique dans des pays voisins : aux Pays-Bas il existe des sage-femmes rompues à toutes les problématiques du post-partum, et qui viennent à la maison quand la maman sort de la maternité. La sage-femme va être là huit heures par jour pendant au moins huit à dix jours et va tout mettre en place avec la mère : allaitement, premiers gestes à l’enfant, elle va faire à manger, faire le ménage, laisser la mère dormir, soigner ses plaies si elle en a, etc. Il faut qu’il y ait comme ça des politiques de santé beaucoup plus proximales, qu’il soit plus facile d’aller consulter tel.le ou tel.le spécialiste. Je me rappelle d’un témoignage : une jeune femme était dans la 6ème semaine avec son bébé, elle était dans une petite ville avec peu d’offres de médecins, elle avait des envies de suicide et n’avait personne pour prendre un rendez-vous avant trois mois. C’est inacceptable.

On se retrouve dans une situation en post-partum où on est nous-mêmes convalescentes, on va devoir s’occuper presque seules de l’enfant car le congé co-parent n’existe quasiment pas en France, donc on se retrouve seules. Avec l’impossibilité de faire tout ça de front.

 

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui va devenir mère ?

Parler le plus possible de ses difficultés. Parler à son conjoint, sa conjointe, si on en a un.e. Parler à ses ami.e.s. Et j’espère que le livre va permettre ça. Ne pas hésiter à chercher de l’aide aussi. Consulter des professionnel.le.s de santé, dès qu’on sent que ça ne va pas, que ce soit mentalement ou physiquement. Personnellement je m’étais déboité l’épaule quelques semaines après la naissance de mon bébé, à force de le bercer, mais je n’ai pas été consulter avant longtemps, car on se fait soi-même passer après et on oublie ses propres besoins. Donc dans la mesure du possible, il faut réussir à s’écouter à se dire « là, ça ne va pas et j’agis ». Ça, c’est sur le plan individuel, mais ce n’est pas suffisant.

Le problème est systémique. Avec le gouvernement actuel on se rend bien compte que ce n’est pas du tout une priorité, l’hôpital public de manière générale, la maternité encore moins. Ce gouvernement est loin d’être féministe. En fait on en revient toujours à la même chose : il faut démonter le patriarcat. Tant qu’on a cette idée dans la société qu’on a ce rôle assigné surpuissant autour de la maternité, et qu’on a cette mythologie autour de l’unique sentiment « acceptable » autour de la maternité qui est le bonheur, tant qu’on a ces représentations-là relayées par tout le monde, on ne va pas en sortir. Donc pourquoi pas militer au maximum. Il y a des organisations géniales comme « Parents & Féministes », comme le collectif PAF qui travaillent sur ces questions d’égalité parentale. On est toute une armée et on va pouvoir pousser pour se libérer ensemble.

Conseil lecture d’Illana Weizman

« On ne naît pas soumise, on le devient », Manon Garcia

Étiquettes:

Laisser un commentaire