Newsletter #15 : Axelle Jah Njiké, “La fille sur le canapé”

Axelle Jah Njiké pour Culot, newsletter féministe

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Cette semaine, une conversation sur les raisons qui ont amené Axelle Jah Njiké à produire son podcast “La fille sur le canapé”. Que ça soit la place des personnes afrodescendantes dans les récits livrés suite au mouvement #metoo, ou celle de l’enfant dans nos sociétés. 

Rappel : Si vous suspectez des violences sur des enfants, le numéro est le 119.

TW : violences sexuelles

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crédit photo: Olivier Ezratty-QFDN – Tous droits réservés

La question maintenant qu'on en a parlé, c'est : "on fait quoi ?"

Axelle Jah Njiké est autrice afropéenne et militante féministe païenne. Elle a créé en 2015 le site “Parlons plaisir féminin”, puis en 2018 le podcast “Me My Sexe and I” qui parle de la sexualité et de l’intimité des femmes noires. A 48 ans, elle produit son documentaire sonore “La Fille sur le Canapé” qui vient, le 16 Novembre, conclure le premier cycle de documentaires de la série “Intime et Politique” chez Nouvelles Écoutes. “La Fille sur le Canapé”, c’est Axelle elle-même, à l’âge de 11 ans, quand elle est violée dans le salon de la maison dans laquelle elle grandit. Mais ce sont aussi ces femmes afrodescendantes qui mêlent leur voix à la sienne pour dénoncer ces violences. À l’heure où en France, 51% des viols et tentatives de viols déclarés par les femmes ont été subis avant leurs 11 ans, ce podcast vient raconter l’indicible. Et celles qui témoignent, sont des voix qui manquent plus encore à l’appel, celles des femmes noires.

 

De: Marie-Alix Détrie, le 11.12.2020

Dans ce podcast, vous n’êtes pas journaliste, vous êtes une personne concernée par les violences sexuelles dans l’enfance, qui parlez à des concernées. Dès la préface, vous parlez à la première personne, vous racontez ce qui vous est arrivé. Quelle est votre position dans le podcast, et comment la vivez-vous ?

En effet, je ne suis pas journaliste mais autrice. Ce podcast est réalisé par une personne concernée, pour des personnes concernées. Pour des personnes victimes de violences sexuelles dans l’enfance, qu’elles soient noires ou pas. La réalisation s’est avérée éprouvante. Ça n’est pas anodin d’être à la fois l’autrice, le sujet et l’auditoire du podcast.

Ce podcast, je l’ai fait en tant que fille, femme, citoyenne qui est devenue mère, qui a souffert du sujet qu’elle aborde. Je l’ai aussi fait en tant que femme noire, en souhaitant que ne soient plus omises de la conversation toutes celles qui entrecroisent les oppressions.

Aujourd’hui les femmes se battent pour que soient prises en compte les violences sexuelles. Mais certaines voix manquent à l’appel. Ces voix sont notamment celles des femmes et des filles afrodescendantes. Selon moi, ça ne pouvait plus durer. J’ai donc pris le taureau par les cornes, et j’ai réalisé le contenu que j’aurai aimé entendre.

Votre documentaire sonore, c’est cinq heures d’enquête. D’abord cinq témoignages, puis quatre épisodes avec des psychologues et des sociologues qui éclairent la thématique. Vous invitez, dès la préface, à passer directement à l’épisode six si on n’est pas prêt.e à écouter les témoignages de personnes victimes. Pourquoi ce choix de structure, de diviser les témoignages des éclairages, les récits des survivantes des “sachantes” ? 

Nous avons demandé à Axelle d’expliquer l’injonction à la loyauté faite aux femmes, et aux filles noires, en matière de violences intracommunautaires, évoquée dans le chapitre V de son podcast. Voici sa réponse : “Je ne vais pas répondre à cette question. J’y adhère, mais c’est politique, on est déjà peu nombreuses à parler, je ne veux pas silencier d’autres femmes noires. Ce propos, ça n’est pas moi. C’est Aïchatou Ouattara.” Nous choisissons donc de publier, tel quel, un extrait de “Nous devons protéger nos hommes”, la tribune d’Aïchatou Ouattara, afro-féministe belge qui intervient dans le podcast “La jeune fille sur le canapé”. Elle a écrit cette tribune suite à la publication du documentaireSurviving R Kelly.”

 

“De nombreuses femmes noires d’Europe ont intégré le fait que si elles dénoncent les violences qu’elles subissent de la part d’hommes noirs ou que si elles parlent du patriarcat dans les communautés noires, elles participent à la perpétuation des stéréotypes racistes sur les hommes noirs. A ce propos, je me souviens d’une conversation avec des femmes noires que j’ai eue dans le métro parisien suite à un atelier auquel j’avais participé. Nous parlions d’afroféminisme et l’une d’entre elles nous expliquait que les afroféministes devaient être vigilantes dans leurs revendications pour ne pas perpétuer des oppressions envers les hommes noirs, elle a dit ceci : « Nous devons protéger nos hommes. Nous devons faire attention à la manière dont on parle d’eux. Ils sont déjà victimes de tellement de discriminations comme les violences policières. Il faut faire attention. ». J’avoue que je n’ai rien répondu. Je n’en ai pas eu le temps. Je devais descendre à ma station et je ne pouvais pas commencer une diatribe expliquant pourquoi je ne suis pas d’accord avec elle et pourquoi je trouve cela même dangereux à certains égards de penser de la sorte. Je n’avais pas le temps certes mais j’ai longtemps pensé à cette phrase et à ce qu’elle signifiait. « Nous devons protéger nos hommes ». A tel point  que j’ai choisi cette phrase pour être le titre de cet article car je pense qu’elle est symbolique et très représentative de la loyauté sans faille des femmes noires envers les hommes de leurs communautés.”

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