Newsletter #14 : “Le Génie Lesbien” – Entretien avec Alice Coffin

Alice Coffin pour Culot Creative

Dans cette newsletter féministe de Culot,

Marie-Alix Détrie rencontre Alice Coffin. Elle est journaliste, militante, et autrice du livre “Le Génie Lesbien.” N’hésitez pas à partager cette newsletter autour de vous ! Et si vous préférez la version vidéo, l’interview en live est à revoir ici

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Photo à la Une : © JF Paga

“Par notre simple existence, on remet en cause les fondements du système patriarcal”

Alice Coffin a une longue carrière de militante : membre du groupe d’action féministe “la barbe”, elle est aussi cofondatrice de l’AJL, Association des journalistes LGBTQI+, et de la Conférence Européenne Lesbienne. Alice Coffin est aussi journaliste média, c’est-à-dire qu’elle fait du journalisme sur le journalisme et documente la manière dont les informations sont créées. Depuis cette année, elle est élue EELV au conseil de Paris… et autrice. Elle publie en septembre son premier livre, “Le Génie Lesbien”, aux éditions Grasset. Derrière le tollé médiatique que sa sortie a provoqué, il y a une complexe remise en question de la société et des systèmes médiatiques. 

De: Marie-Alix Détrie, le 30.11.2020

La sortie de votre livre a lancé une véritable polémique. Une phrase notamment a été isolée et relayée par les médias. Il s’agit de votre phrase qui incite à “éliminer les hommes de nos esprits, de nos images, de nos représentations. Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. (…) Ils ont déjà infesté mon esprit.” Pouvez-vous contextualiser et expliquer cette phrase?

Effectivement, c’est là-dessus que ça s’est un peu crispé. Cette phrase a attrait à l’emprise patriarcale dans le domaine culturel, artistique, imaginaire. J’y développe la façon dont, dans un monde majoritairement rempli d’œuvres réalisées par des hommes, j’arrive à conserver et à préserver une part de mon esprit et de mon imaginaire.

Souvent, quand ça se cristallise comme cela, l’interprétation doit prendre en compte l’ensemble du périmètre. Ces réactions racontent les intenses résistances au mouvement féministe actuel, qui est précisément concentré, je crois, sur la question des imaginaires et la question des esprits. Le fait que #Metoo soit parti du milieu du cinéma n’est pas anodin : en plus des dénonciations des agressions sexuelles, il y a aujourd’hui un point de bascule dans le mouvement féministe qui porte justement sur les imaginaires et les esprits. 

Dans les années 70, avec des slogans emblématiques tels que “mon corps mon choix”, on était alors sur la liberté de disposer de son corps. Je crois que, maintenant, il y a une focalisation sur le fait de disposer de son esprit, de son imaginaire. Corps et esprit, ça va de pair. Ça veut dire pouvoir vivre nos vies de femmes, encore une fois, sans emprise de la main mise des hommes. 

Les recommandations d’Alice Coffin

  • “No Gravity”, le film de Silvia Casalino sur les femmes astronautes, qui m’a beaucoup fait réfléchir sur qui fabrique les standards.

  • @balance ta rédaction, un compte Instagram récent où sont recensés les témoignages de sexisme et de discriminations en tout genre dans les rédactions françaises. 

  • Le travail de Sihame Assbague sur les violences policières, sur Twitter et Instagram. 

 

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