Newsletter #12 : Une rentrée littéraire féministe ! 📚

newsletter, rentrée littéraire, féministe, culot, culor creative, au culot newsletter féministe, média féministe, média sexualités

Dans cette newsletter féministe de Culot,

notre journaliste Jessica Martinez t’emmène dans toutes les meilleures librairies, pour y piocher les livres féministes de la rentrée.

👇 Si tu veux nous soutenir, abonne-toi à la newsletter féministe de Culot en laissant ton e-mail ici 👇

Lire ou écrire les femmes : la rentrée littéraire est féministe

La rentrée littéraire a-t-elle déjà été aussi féministe ? C’est-à-dire comportant un nombre aussi important d’essais, de romans, de BD écrits « par » (le plus souvent) ou pour les femmes et personnes s’identifiant comme femmes. Ou bien notre female gaze, notre « regard féminin », a-t-il su enfin considérer avec une importance égale les récits dits, déclamés, énoncés, dénoncés, les histoires violentes, belles, banales, quotidiennes, fortes, nécessaires dits et dites par et/ou pour les femmes, plus de deux ans après la déferlante #metoo ?

Luttes féministes, scène politique, reconnaissance sociétale, enjeux sociaux, partage de l’intime, revendications sexuelles… Une dizaine d’ouvrages écrits (principalement) « par » elles, ou « pour » elles nous ont inspiré cette newsletter. Bonnes lectures !

Par Jessica Martinez, le 23.10.2020

#1 Présentes, de Lauren Bastide. (Allary Editions)

Essai, manifeste féministe, indignation documentée, l’ouvrage de la fondatrice du podcast « La Poudre », Lauren Bastide, navigue dans plusieurs environnements. Baptisé Présentes, il aurait pu s’intituler « Où sont les femmes ? ». Quelle est leur place dans la ville, dans les médias ? Quelle est leur place dans la résistance actuelle, celle de la nouvelle vague féministe, qui gronde sur les réseaux, dans les rues, derrières les portes closes ? Pourquoi cette voix, ces voix semblent-elles et sont-elles plus fortes aujourd’hui ? “Ce qu’il y a de plus redoutable dans l’invisibilisation des femmes, c’est qu’elle est invisible”, écrit la cofondatrice du studio de production Nouvelles écoutes dans l’introduction. Et afin de sortir les femmes de cette invisibilité, Lauren Bastide analyse les luttes féministes et antiracistes actuelles. Analyse émaillée de chiffres, car c’est là notamment que l’invisibilté des femmes se voit le plus.

 

#2 La puissance des mères, de Fatima Ouassak (Editions La Découverte)

Politologue, co-fondatrice du collectif « Front de mères », Fatima Ouassak explore avec La puissance des mères une réflexion considérable sur le rôle fantasmé ou réel des mères des quartiers populaires français. L’autrice déconstruit la figure de la « mère tampon » : cette injonction sociétale qui leur demande (à « elles » qui plus est, rarement aux pères) de tempérer sans cesse leurs enfants face aux institutions et aux figures d’autorité. Avec un propos personnel, mais aussi social et politique, cet essai soulève des questions rarement posées telle que celle-ci : les mères doivent-elles protéger leurs enfants des violences des quartiers ou les laisser s’exprimer face à l’injustice qu’ielles subissent ?

 

#3 Moi les hommes je les déteste, de Pauline Harmange

Avant même de l’avoir lu – ou plutôt même « sans » l’avoir lu – ce simple titre a valu à son autrice des torrents de critiques, d’articles, de diatribes enflammées. Car avant même de lire son contenu, une question a agité : Moi les hommes je les déteste est-il, ose-t-il, être un ouvrage misandre ? Sur son site, Pauline Harmange écrit : « J’ai voulu comprendre la misandrie et lui redonner le droit d’exister en dehors de l’humour, pour l’ancrer dans nos réalités. Les féministes doivent constamment se dédouaner de vraiment détester les hommes, au prétexte que cela nuirait à notre cause, que les hommes doivent être nos alliés et que pour cela, il ne faut pas les exclure. Je pense pour ma part que la misandrie est non seulement parfaitement justifiée, mais aussi nécessaire. ». D’abord publié chez Monstrograph, la maison d’éditions de Coline Pierré et Martin Page, et fort de son succès, ce récit est désormais publié aux éditions du Seuil. Et la rédaction de Culot a un seul conseil pour vous : et si pour vous faire votre opinion, vous le lisiez ?

 

#4 Une bête au paradis, de Cécile Coulon (Editions L’iconoclaste)

« C’est l’histoire dans « Le Paradis » qui est le surnom donné à une ferme, l’histoire d’Emilienne qui tient cette ferme, qui élève dans cet endroit ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. En plus de ses deux petits-enfants, elle recueille un autre enfant qui a 16 ans, Louis. Il devient le commis d’Emilienne, car il débarque dans cet endroit après avoir été cogné par son père », explique Cécile Coulon dans une interview à la Librairie Mollat. Dans ce récit en huis clos, nous suivons le quotidien de ces quatre personnages, « prisonniers volontaires », selon leur créatrice, de cet endroit. Et notamment le destin d’Emilienne et de Blanche, deux femmes fortes, qui vont tour à tour hériter du « Paradis » ; Mais est-ce le bon terme pour désigner cette ferme aux limites parfois étroites et pesantes ? Cécile Coulon a déclaré avoir réalisé avec ce roman un défi personnel : donner vie à des personnages dans une unité de lieu stricte. Elle a relevé un autre défi : composer des personnages féminins réels, réalistes, forts, émouvants.

 

#5 Baiser après #METOO “Lettres à mes amants foireux”, Ovidie (Editions Marabulles)

Lettre à celui… « Qui m’a dit que je n’étais pas sexy », « Qui m’a pénétrée en plein sommeil », « Qui m’a laissée gérer le polichinelle » ou encore « Qui ferme boutique après avoir éjaculé ». Dans cet ouvrage présenté sous forme épistolaire, Ovidie,  (ancienne actrice pornographique passée derrière la caméra et désormais réalisatrice, autrice, actrice) parle à ses « amants foireux ». Les siens, ou ceux présents dans les histoires que d’autres lui ont confiée. Un besoin d’écrire né dans la continuité de MeToo : « #MeToo a considérablement rebattu les cartes des rapports hommes-femmes et de l’hétérosexualité. Ce mouvement n’a pas seulement consisté en une dénonciation d’agressions, de harcèlements ou de viols, il a soulevé une interrogation générale dans laquelle sont venues s’engouffrer nombre de thématiques plus ou moins anciennes : la répartition de la « charge mentale » au sein du couple, le consentement (…), l’éducation des petits garçons, etc. (…) Nous vivons un moment passionnant où, après les lois, se re-négocient les normes sociales (…) ». Mais constat : dans l’intimité, quelle que soit la relation (amoureuse, libre, rencontre d’un soir), les rapports hétérosexuels se cornent de violence, de sexisme, de mots rabaissant, de cette « zone grise » si commodément brandie par certains. Alors Ovidie écrit à ces amants qui n’ont pas encore compris, qui continuent de blesser, de heurter, de se cacher derrière un système patriarcal dont on voit aujourd’hui qu’il prive tous les genres, et toutes les relations d’une liberté totale. Et nous avons un espoir en lisant ses mots : et si l’usage du « tu » était parfois nécessaire pour réaliser que l’oppresseur, l’agresseur, ça peut-être soi-même, parfois, et enfin se remettre en question ?

 

#6 C’est Mon corps, de Martin Winckler (Editions L’Iconoclaste)

Un homme qui écrit sur les femmes, pour les femmes. Martin Winckler est auteur, médecin et défenseur des droits des femmes. Médecin généraliste dans un centre de planification et d’IVG pendant 25 ans, auteur de romans et d’essais, il se consacre depuis 40 ans à la santé des femmes. Dans cet ouvrage, il a rassemblé les questions posées en consultation ou sur son site par des femmes au sujet de leurs corps. Dans la cabinet de Martin Winckler aucun sujet n’est tabou, aucune question n’est vaine : pilule du lendemain, IVG, cystites, règles, vaccins, mais aussi violences gynécologiques et obstétricales, etc., le médecin répond à tout dans l’objectif de « partager le savoir ». « Quand il s’agit du corps humain, il n’y a pas de questions stupides, inconvenantes ou taboues. Il n’y a que des questions légitimes. (…) La personne la mieux placée pour se faire une opinion sur son propre corps, ce sera toujours vous, la lectrice de ces lignes ». A mettre entre toutes les mains, car il ne faut pas forcément être doté.e d’une vulve pour s’intéresser à la santé et aux droits des femmes, et cet auteur en est la bienveillante incarnation.

 

#7 La petite dernière, de Fatima Daas (Editions Notabilia)

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. » Française d’origine algérienne, Fatima Daas signe un monologue bouleversant, dévoilé sous forme de fragments, d’allers-retours incessants entre passé et présent. Reliés et parfois non, ces récits dans le récit livrent le portrait d’une femme en quête d’elle-même, souvent en questionnement, mais profondément libre. Musulmane pratiquante, lesbienne, Fatima Daas explore ce que cela veut dire d’être elle, au milieu de toutes les injonctions sociales, sexuelles et religieuses qui l’entoure. « Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. »

 

#8 Sortir des bois, d’Odile Chabrillac (Broché)

« Manifeste d’une sorcière d’aujourd’hui ». Naturopathe, thérapeute psychanalytique, professeure de yoga, autrice, Odile Chabrillac s’interroge sur la figure de la « sorcière », qui cristallise la rébellion, la subversion mais aussi la peur des autres et renvoyée aux autres. Invitation à renouer avec son âme de sorcière, elle signe ici un ouvrage féministe puissant. Véritable invitation à reprendre son pouvoir (sexuel, mystique, politique), à élever la voix, et à reprendre sa place dans l’espace sociétal. « Une fois réconciliées avec notre âme de sorcière — et ce nom lui-même collectivement intégré —, une fois notre paysage intérieur transformé, alors que nous avons pu nous relier à notre colère, et parfois notre pouvoir, nous avons encore beaucoup à faire.(…) Grâce à la magie verte, la magie du chaos, la magie du sexe, nous allons poursuivre ici notre reconnexion à notre corps, à la nature, à la spiritualité et à nos sœurs, pour ensuite reconquérir ces espaces dont nous nous étions éloignées, qui nous faisaient encore si peur il y a peu : la place publique, la parole publique… Le moment est venu de s’engager. En fabriquant de l’espoir au bord du gouffre, en y insufflant de la joie, nous ferons notre part au cœur d’un monde qui divague, pour tenter de transformer la peur en conscience, et l’obscur en amour. », écrit Odile Chabrillac.

 

#9 Notre corps, nous-mêmes, collectif (Editions Hors d’atteinte)

Paru pour la première fois aux Etats-Unis en 1973, rédigé par un collectif de femmes, « Notre corps, nous-mêmes » a été traduit dans trente-cinq langues, dont le français en 1977. La version réactualisée, véritable ouvrage d’enpouvoirement, est cette fois signé par un nouveau collectif de femmes (Mathilde Blézat, Naïké Desquesnes, Mounia El Kotni, Nina Faure, Nathy Fofana, Hélène de Gunzbourg, Marie Hermann, Nana Kinski et Yéléna Perret). En février dernier, l’une des membres du collectif disait dans un interview accordée à Médiapart à propos de la sortie prochaine de cetce manifeste : « Je pense que cet ouvrage permettra à d’autre jeunes femmes de se dire qu’on a une force et qu’elle est immense ». Corps, sexualité, contraception, avortement, mais aussi riposte et émancipation : à travers de multiples récits d’expériences, de témoignages récoltés mais aussi de données médicales et scientifiques, ce manuel féministe (écrit par et pour les femmes) propose des outils leur permettant de mieux se connaître et de mieux connaître leurs droits. Rappelant une fois de plus que le savoir est le pouvoir.

 

#10 Ne nous libérez pas, on s’en charge, de Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel (Editions Broché)

Une plongée palpitante, documentée et parfois révoltante au cœur des mouvements féministes de 1789 à nos jours. Comment les féminismes ont-ils émergé en France ? Doit-on parler de ” féminisme bourgeois ” ? Quels liens ont existé entre féminismes et socialismes ? Y a-t-il eu des féminismes noirs ? Les féministes étaient-elles toutes colonialistes ? Existe-t-il des féminismes religieux ? Comment s’articulent mouvements lesbien, gay, trans et mouvements féministes ? -ce qui est nouveau dans les groupes féministes aujourd’hui ? Qu’est-ce que révèle #Metoo sur la capacité des femmes à se mobiliser ? Ce livre entend fournir quelques clés indispensables afin de penser les féminismes d’hier et d’aujourd’hui à la lumière des grands défis contemporains, des inégalités sociales, raciales et de genre. Une socio-histoire passionnante qui compte des stratégies plurielles déployées par les femmes et les hommes féministes qui ont combattu les inégalités entre les sexes et l’oppression spécifique des femmes, de la Révolution Française à nos jours.

Étiquettes:

Laisser un commentaire