Newsletter #0 – Lancement

Pour la première newsletter, pas encore de reportages, qui sont encore en préparation, mais une surprise ! Tu avais vu le concours de nouvelles érotiques sur instagram ? On accueille ici le texte de la grande gagnante de notre concours “Mouiller la plume”, Emma Deunf-Hennings. Illustrée pour Culot, par Hugo Devoucoux

La forêt pourrait brûler. Votre joue s’écrase contre l’écorce de l’arbre, contre la mousse fraîche et molle qui l’a colonisé. C’est qu’il y a sa bouche. Elle glisse dans votre cou, terrible, implacable cette bouche. 

Vous ne savez plus comment vous avez atterri là, dans l’ombre des grands arbres, les feuilles craquantes sous vos pieds. La voiture, la chaleur de l’habitacle vous ont jetées là. La sueur collait vos cuisses au siège. Sa main entretenait la moiteur. Posée sur votre cuisse nue, elle jouait les innocentes. Mais vous, au volant, vous ne pouviez plus penser qu’à cette main. Millimètre à millimètre, elle approchait la bordure de votre short. Votre géographie interne en était bouleversée. Sous sa main, votre cuisse était interminable, chaque parcelle de peau parcourue durait une éternité. Quand deux de ses doigts se risquèrent enfin à soulever le tissu, elle darda son regard dans le vôtre. Ses deux grands yeux guettaient votre réaction. 

Vous aviez garé la voiture au premier tournant vers la forêt.

La bouche, donc. Elle embrasse, risque une morsure, et ce pincement bloque votre respiration dans votre gorge, à en vomir de désir contenu. Votre short est tombé à vos pieds. A la bouche, elle ajoute sa main sur l’une de vos fesses. Votre souffle panique. Elle l’entend, et sourit. L’espace se suspend dans sa main qui frôle. Elle vous plaque contre l’arbre, ses seins se collent à votre dos, son corps blanc, rond et glissant contre le vôtre. L’espace est suspendu à cette main qui frôle votre fesse. Vous attendez le vide qui précède le moment où elle claque enfin. Toute la réalité de votre peau est contenue dans ce son. Elle vous donne rien et entretient le vide. Pince la chair en la remuant gentiment. Elle éloigne sa main. Rien ne vient. 

“Tu aimes ?” résonne sa voix dans le silence autour de vous.

Elle glisse son autre main entre vos cuisses. Parfois elle bouge en araignée rampante, se rapproche de votre tension et alors vos hanches bougent d’elles-même et votre tête roule sur son épaule et vos yeux cherchent les siens pour dire que c’est trop, mais continue quand même, vous articulez des mots sans sons, je vais mourir de plaisir, et la main remonte, elle revient se poser sur le ventre en chat paresseux, vous voudriez abolir l’espace entre elle et votre sexe s’il te plaît caresse-moi vos cheveux humides collés aux tempes la joue appuyée comme perdue à l’arbre vous tremblez sous sa paume une fulgurance douloureuse dans les veines je t’en supplie touche moi

Voilà la claque. Ses yeux ne vous lâchent pas, écoutent votre plaisir. Vous mordez la mousse verte, l’odeur d’humus remplit votre langue. Vos doigts se crispent sur l’écorce.

“Tu aimes.” sa voix sourit, sûre d’elle.

Alors, c’est trop. Vous la retournez. C’est à elle de partager ses vibrations avec le vieil arbre. Les parois mouvantes de sa chair mouillée serrent leurs anneaux autour de vos doigts. Un gémissement monte dans sa gorge. La forêt pourrait brûler. 

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