Le viol comme arme de guerre, avec Céline Bardet

Celine Bardet, juriste internationale, fondatrice de WWOW contre le viol comme arme de guerre
©  Macha Rechova

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Un samedi sur deux, on t’emmène à la rencontre d’une nouvelle thématique liée au combat féministe. Cette fois-ci, Marie-Alix interroge Céline Bardet, juriste internationale, présidente et fondatrice de “We Are Not Weapons Of War”, sur le viol comme arme de guerre.
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"C'est une révolution qui n'a pas encore commencé"

Céline Bardet est juriste internationale, spécialisée dans les crimes de guerre. Elle a participé à la condamnation des plus grands criminels de guerre des Balkans, travaille comme experte consultante pour les Nations Unies, l’Union Européenne et Interpol. Elle est aussi présidente et fondatrice de l’association de lutte contre le viol comme arme de guerre We are Not Weapons of War. Une vingtaine de minutes avant l’interview, elle demande par texto : « Rassurez-moi, ce n’est pas pour la télé, si ? Parce que j’ai vraiment une tête fatiguée là ! » En effet, quelques heures plus tôt, elle prenait part à des négociations sur le conflit Libyen. Rencontre.

Par Marie-Alix Détrie, le 06.11.2021

Vous êtes rentrée en France hier, c’est bien ça ? Où étiez-vous ?

J’étais à Djerba, sous 28°C. Ça peut paraître sympa dit comme ça, mais j’y étais pour un gros travail avec le gouvernement Libyen. C’est un dossier compliqué pour documenter les crimes en Libye. Comme c’est difficile d’aller sur place, les conversations ont eu lieu sur cette île. C’était un travail complexe, mais ça s’est bien passé. J’ai quand même vu les flamands rose arriver de Camargue pour l’hiver, c’était un spectacle magnifique !

Vous avez fondé l’ONG « We are not weapons of war » (WWoW), traduction littérale de « nous ne sommes pas des armes de guerre ». Pouvez-vous expliquer le but de cette ONG, et son évolution depuis sa création ?

Ça fait vingt ans que je travaille sur les crimes de guerre en tant que juriste. Je n’avais pas d’intérêt spécial sur les violences sexuelles dans les conflits à l’époque. Cela a commencé  à l’époque où je travaillais sur la Bosnie : même si les viols étaient pléthore dans ce conflit, les victimes témoignaient très peu, il y avait une omerta. Quand j’étais ensuite en Libye en 2010, qu’il y a eu la révolution en 2011, j’ai fait le même constat.

En Bosnie, j’ai croisé la route d’Angelina Jolie qui préparait son film « Au Pays du Sang et du Miel ». Elle co-organisait aussi le premier Sommet global sur le viol dans les conflits à Londres, qui a eu lieu en 2014, auquel elle m’a invitée. Elle vivait en France à ce moment là et m’a dit, « je trouve fou qu’en France on parle si peu du viol comme arme de guerre ». En effet, alors que le Times faisait sa une à ce sujet, pas un mot dans les médias français.

J’ai donc créé WWoW en 2014, dans le but d’aider le judiciaire à mieux comprendre et traiter ces violences. A la base, WWoW était une campagne de sensibilisation. C’est devenu une structure parce que j’ai reçu des dons, et que je ne pouvais pas les mettre sur mon compte en banque ! J’ai donc créé une association loi 1901. C’est devenu la première organisation à vocation globale sur ce sujet dans le monde. Depuis 2016, il y a aussi la fondation Mukwege.

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