“J’ai vu des gens au regard vide” – Meryl Curtat, de retour d’Afghanistan

Meryl Curtat, de retour d Afghanistan

Cette semaine dans la newsletter de Culot
Un samedi sur deux, on t’emmène à la rencontre d’une nouvelle thématique liée au combat féministe. Cette fois-ci, c’est la reporter Meryl Curtat, fraîchement rentrée d’un reportage en Afghanistan, qui nous parle de la situation dans le pays depuis la prise de pouvoir des Talibans par la force en août dernier.
N’hésite pas à partager notre contenu autour de toi pour nous soutenir !

Entretien avec Meryl Curtat, photojournaliste indépendante, de retour d’Afghanistan

C’est un reportage qui s’est imposé à elle. Meryl Curtat est photojournaliste indépendante depuis 2019.  Elle est déjà partie à plusieurs reprises en Afghanistan en 2020. En août 2021, lorsque les Talibans reprennent le pouvoir par la force dans le pays, son portable se met à vibrer. Elle reçoit plusieurs messages, de personnes qu’elle y a rencontrées, disant Je vais mourir. À ce moment-là, dit Meryl, tu as ce besoin d’aider les personnes que tu as rencontrées sur place. Après avoir été contrainte de différer sa date de départ plusieurs fois, elle parvient enfin à retourner à Kaboul, le mois dernier, pour 20 jours. A l’heure où, pour des raisons de sécurité, il est de plus en plus difficile d’entrer en contact avec des personnes sur place, Meryl raconte ses observations et son ressenti.

Jessica Martinez, le 18.12.2021

*Certains détails permettant d’identifier la majorité des personnes mentionnées dans cet article ne sont pas donnés, afin de préserver leur anonymat et garantir leur sécurité.

Peux-tu commencer par nous préciser quand tu t’es rendue en Afghanistan, pourquoi et pour combien de temps?

Je suis déjà partie plusieurs fois en Afghanistan, dont en 2020 pour des reportages d’actualité. Cette fois, j’y suis retournée, toujours en tant que reporter, représentée par le Studio Hans Lucas. Mêlé au fait de vouloir me sentir utile, il y avait aussi en moi cette curiosité liée à l’actualité. Je me demandais : Que se passe-t-il vraiment ?. Je ne suis pas spécialiste de ce pays mais c’est un ressenti que je donnerai ici.

Quand les Talibans ont pris le pouvoir (NDLR : en août 2021, 19 ans après leur ancien régime entre 1996 et 2001), beaucoup de mes ami.e.s reporters en lien avec l’Afghanistan avaient ce besoin de repartir, en plus de celleux qui étaient resté.e.s sur place pendant la prise de pouvoir.

En comparaison aux autres fois, ça a été compliqué pour moi de me rendre sur place. Depuis l’arrivée des Talibans à Kaboul (NDLR : le 15 août) et l’attentat à l’aéroport (NDLR : le 26 août, un attentat suicide revendiqué par l’état islamique fait 85 morts à l’aéroport de Kaboul), trouver un vol était devenu difficile. La frontière avec l’Ouzbékistan était à nouveau fermée, et une demande de visa était nécessaire pour passer par les autres pays. Je n’avais plus le temps, je voulais partir en octobre, je suis finalement partie un mois plus tard.

Comme quoi, il ne faut jamais abandonner: j’ai trouvé “le” bon contact dans une agence de voyage basée à Dubaï. Ils se faisaient rares, mais j’ai réussi à réserver un vol aller Abu Dhabi – Kaboul. Quand j’ai reçu mon billet, j’ai fait mon sac et je suis repartie pour une vingtaine de jours en novembre 2021.

Avant de partir, j’avais fait une demande de visa habituelle à l’ambassade d’Afghanistan à Paris. Je l’ai paradoxalement obtenu en quelques heures. Sauf qu’aujourd’hui quand tu arrives à Kaboul, les Talibans rient en voyant ton visa, parce qu’il ne vaut plus rien sur place. Ça n’est plus le même gouvernement, plus le même drapeau, donc dès ton arrivée à Kaboul, ce visa est caduc. Mais on te le demande pour réserver tes billets.

C’est quoi la première chose qui t’a marquée, quand tu es arrivée à Kaboul ?

En arrivant,  un ami est venu me chercher devant l’aéroport. Sur la grande place, la première chose que j’ai vue, ce sont trois Talibans sur-armés en crise de fou-rire, en train de faire des selfies. Ce n’est pas la chose la plus marquante de mon voyage, loin de là, mais c’est la première chose que j’ai vue.

an Afghanistan un homme armé pointe la caméra de son arme

Photographie prise lors d’un reportage embarqué avec une unité des forces spéciales talibanes, à Kaboul, novembre 2021.  © Meryl Curtat / Hans lucas

Que fais-tu en arrivant en Afghanistan, qui retrouves-tu ?

Les semaines précédant mon départ, j’étais en contact avec une dizaine de personnes avec qui j’avais réalisé des reportages, parmi lesquelles des responsables terrain et directeurs d’ONG. Sur cette dizaine de personnes, neuf d’entre elles avaient désactivé leurs comptes sur les réseaux sociaux et/ou avaient fui Kaboul. La seule personne que j’ai pu revoir en dehors de mes collègues journalistes sur place, c’est un ami, un de mes fixeurs, rencontré sur de précédents reportages.

As-tu constaté des différences depuis ton précédent passage à Kaboul?

A première vue, rien n’a changé. Kaboul était déjà très militarisée, il y avait des check-points dans la ville et des hommes armés dans les rues. Mais aujourd’hui, ils ont été remplacés par les Talibans. Ils ont récupéré les véhicules de l’ancien gouvernement* (*NDLR : L’ancien Président Afghan Ashraf Ghani s’est réfugié aux Émirats arabes unis à la mi-août), et les équipements et vêtements laissés à l’abandon par les Américains** (**NDLR : après 20 ans de présence militaire en Afghanistan, les troupes américaines se sont retirées du pays le 30 août 2021.). J’ai pu embarquer avec les forces spéciales talibanes, et j’avais cette impression étrange d’être avec les Américains. C’est frappant comme image. Mais si tu ne prêtes pas attention à tout ça, au départ, tu ne vois pas une grande différence.

L’autre chose marquante, c’est l’extrême pauvreté. J’en avais déjà vu beaucoup lors de mes précédents reportages: il y a toujours eu beaucoup de personnes sans domicile fixe, de toxicomanes, de mendiant.e.s, d’enfants livré.e.s à elleux-mêmes dans les rues. Mais en marchant dans le quartier dans lequel je vivais, j’ai eu le sentiment que tout ça avait doublé de volume.

Qu’as-tu pu constater quant à la situation des femmes en Afghanistan ?

Il faut d’abord préciser que les femmes n’étaient pas non plus entièrement épanouies avant la reprise du pouvoir par les Taliban, elles faisaient face à des restrictions et à d’autres problèmes sociaux. Lors d’un précédent voyage en Afghanistan, j’avais pu rencontrer par exemple des femmes qui travaillaient pour des ONG, comme “Action contre la faim”. Elles pouvaient travailler et s’habiller comme bon leur semblait et les filles étaient libres de s’instruire. Je pense notamment à un reportage que j’ai fait dans une école d’informatique qui avait été créée par une autre ONG pour les jeunes filles Afghanes, âgées de 15 à 17 ans.

en 2020 des femmes voilées prennent un cours d'informatique en Afghanistan

Des jeunes filles afghanes au sein d’une école d’informatique créée par une ONG française, pour les élèves filles de 15 à 17 ans, Afghanistan, octobre 2020. © Meryl Curtat / Hans Lucas

Aujourd’hui, les femmes n’ont plus le droit de travailler, les filles ne peuvent plus aller à l’école. Le quotidien d’une femme à Kaboul, c’est de rester chez elle. Pour sortir, celles que j’ai rencontré avaient l’obligation d’être accompagnées par un homme.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs porte-paroles du gouvernement taliban. Et lorsque tu leur demandes ce qu’ils ont prévu concernant les droits des femmes, ils te répondent que pour le moment “ce n’est pas le sujet”, car ils doivent d’abord s’établir politiquement, s’organiser militairement.

En revanche moi, qui suis une femme, je peux marcher seule dans la rue sans être inquiétée. Je peux travailler, même en tant que journaliste. Pourquoi en ai-je le droit, et pas elles? Et bien parce qu’à force d’évoluer dans cet environnement, tu comprends qu’il y a trois types de personnes à leurs yeux: l’homme, la femme Afghane et la femme étrangère. En tant que femme étrangère, occidentale, j’ai le droit de faire ce que je veux, on m’en tiendra moins rigueur, car je ne suis pas une femme musulmane du pays.

L’autre raison est qu’ils ont besoin des journalistes pour leur propagande. Fait surprenant: Kaboul me paraissait paradoxalement plus sécuritaire que l’an dernier. Un des représentants talibans me l’a clairement dit, en me regardant dans les yeux : “Vous pouvez faire ce que vous voulez, faites-le juste de manière objective, s’il vous plaît.

Y-a-t-il une femme en particulier que tu as rencontrée là-bas et dont tu as pu suivre le quotidien?

Oui, Nilab, une Afghane de 26 ans, au parcours de vie incroyable. Elle est championne de Taekwondo, a remporté plusieurs médailles d’or dans sa discipline. C’est une star locale, qui n’a jamais pu être exfiltrée malgré toutes ses demandes. Avant la prise de pouvoir des talibans, elle travaillait au sein d’un Ministère afghan. Elle avait aussi créé une boutique de vêtements pour femmes. En France, elle serait vue comme une vraie guerrière.

Son magasin est fermé depuis l’entrée des talibans dans Kaboul. Ce jour-là, son fiancé lui avait écrit “Rentre tout de suite, il se passe quelque chose de grave”. Elle avait quitté son travail et était rentrée chez elle. Elle n’imaginait pas que c’était sa dernière journée de liberté. Depuis, elle n’a ré-ouvert sa boutique qu’une seule fois, le jour où nous nous sommes rencontrées.

Du jour au lendemain, elle n’avait plus le droit de travailler. Même pour faire des courses en bas de chez elle, elle sort avec son fiancé. Moi-même, je ne l’ai jamais vue seule. Un jour, nous sommes venu.e.s la chercher chez elle, en voiture. Nous étions garé.e.s à environ deux mètres de sa porte d’entrée. Elle m’a appelé et m’a demandé: “Est-ce que tu peux te garer en face de la porte ?” Et là seulement, elle est sortie. En tant que championne sportive, elle est inquiète pour sa sécurité. De fait, certaines sportives afghanes ont eu des soucis: des intimidations, des visites à domicile, des messages… Notamment pour leur “demander” d’arrêter leurs activités sur les réseaux sociaux. Pour les Talibans, ces femmes sont des dangers, parce qu’elles incitent les autres à vivre une vie différente, plus occidentale. *

Suite à notre rencontre, Nilab m’a demandé une seule chose: “Aide-moi à partir”. On essaye toujours, par tous les moyens, de la faire sortir d’Afghanistan : avec l’aide des fédérations sportives notamment. Sans succès pour l’heure.

une femme, en Afghanistan, est allongée sur le dos, ses médailles sur elle

Nilab, 26 ans, championne de Taekwondo afghane. A Kaboul, novembre 2021. © Meryl Curtat / Hans lucas

Qu’est-ce que ça lui a fait de rouvrir son magasin pour te le montrer ?

Je l’avais rencontrée quelques jours avant, dans un endroit neutre. Elle avait déjà un regard vide et triste qui m’avait frappée. Je n’avais jamais vu quelqu’un avec ce regard-là. Il y a forcément des moments où on sourit dans la vie, sans même le réaliser. Elle non, elle ne souriait plus.

Quand elle a rouvert son magasin en cachette, ses yeux étaient toujours vides et fatigués, comme s’il n’y avait plus de vie en elle. Une fois chez elle, elle m’a montré ses médailles, ses certificats de championne en me disant “Ça, c’était ma vie d’avant”.  A aucun moment je ne l’ai vue avec un autre regard.

Tu as rencontré d’autres personnes là-bas ?

J’ai aussi rencontré un réalisateur afghan. Il a reçu des prix internationaux et autres récompenses pour ses films dans le passé. Aujourd’hui, il se cache dans une maison quelque part en Afghanistan. Il est notamment en danger parce qu’il est le premier réalisateur afghan à avoir réalisé un film sur les Talibans. Ils sont venus le chercher chez lui pour l’emprisonner, mais il a réussi à s’enfuir avec toute sa famille. Depuis, il vit sur le qui-vive et change de maison tout le temps. La seule personne qui fait le lien entre lui et le monde extérieur, c’est son frère. Lui aussi a été oublié et n’a pas été exfiltré, alors qu’il n’est clairement pas en sécurité.

J’ai aussi rencontré un boxeur de 23 ans, passionné d’alpinisme. Lui, a été invité par les Talibans pour une cérémonie en l’honneur des sportifs. À l’issue de cette cérémonie, un commandant taliban lui a proposé de devenir un des porte-paroles sportif, sous son autorité. Deux jours plus tard, des talibans sont venus le chercher pour l’emprisonner. Lui aussi a réussi à s’enfuir. Il me l’a raconté les larmes aux yeux.

J’ai aussi échangé avec deux journalistes locaux. Chacun avait plus de dix ans d’expérience dans le journalisme TV, papier. Les médias pour lesquels ils travaillaient ont été fermés. Ils vendent aujourd’hui des fruits dans la rue. Ils ne vivent pas, ils survivent. Il reste toujours quelques médias ouverts, mais très contrôlés par le régime.

deux hommes en afghanistan épluchent des grenades

Deux journalistes locaux condamnés à vendre des fruits dans les rues de Kaboul, novembre 2021. © Meryl Curtat / Hans lucas

 

La dernière personne que j’ai rencontré, c’est un libraire-imprimeur qui a dû fermer sa librairie et ses entrepôts. L’histoire surprenante est qu’il avait réalisé 5000 exemplaires du livre de l’ex-Président afghan Ashraf Ghani, tiré d’un des ses anciens discours. Il avait d’ailleurs rendez-vous au palais présidentiel le jour de la prise de pouvoir des Talibans, car on devait le payer pour son travail. Mais le président s’est enfui. Aujourd’hui il lui doit toujours l’équivalent de 2000 $.

Quand Je lui ai demandé “qu’est-ce que les talibans t’ont fait ?”, il n’a pas voulu me répondre. Pendant le reportage,  il m’a aussi dit “C’est la première fois que je souris depuis trois mois”. Ce libraire survit uniquement grâce à ses économies.

Qu’est-ce qui est ressorti de tous tes entretiens avec ces personnes ?

Je vois des gens aux yeux vides. Des gens très forts aussi. J’y suis allée vingt jours : sur cette période, on a couvert trois attaques à la bombe. Imagine ce que ça donne sur une vie. Parce qu’en plus des talibans, il y a l’État Islamique (NDLR : organisation terroriste ennemie des Talibans) qui sévit et multiplie les attentats. Les Afghan.e.s sont au milieu, pris.e.s en étau, en détresse totale. Les attentats sont quasi quotidiens : ils créent le chaos pour déstabiliser le régime qui commence tout juste à s’installer.

Pour revenir aux Afghan.e.s, en temps normal, ils ne se plaignent pas. Ils te disent qu’il y a toujours pire. Lors de ce voyage, pour la première fois, dès que je rencontrais quelqu’un, on me demandait mon aide.

J’ai conscience d’avoir rencontré des gens précis : des personnes qui voulaient parler, qui ont perdu leur travail. Iels n’avaient pas des vies idylliques, mais avaient l’habitude de vivre comme cela. Aujourd’hui, c’est de la survie. Les gens meurent de faim dans la rue. De plus en plus de personnes y vivent. Pour reprendre les termes d’un directeur d’ONG locale, Cet hiver, ça va être l’enfer sur terre.

Là-bas, tu as fait un shooting avec des femmes afghanes. Peux-tu m’en parler ?

Quand il y a eu la prise de pouvoir des talibans, j’ai eu envie de mettre en valeur de manière artistique les femmes Afghanes. Je voulais reproduire une scène de leur vie d’avant, tout en sachant que cette scène n’a pas la même valeur aujourd’hui.

J’en ai parlé à Nilab : je lui ai dit “je cherche quatre filles et quatre robes.”. Elle les a faites elle-même en trois jours. Il y avait Nilab, sa petite sœur (elle aussi championne de Taekwondo) et deux copines à elles. A la base, je voulais qu’on aille sur les hauteurs de Kaboul, elles m’ont dit que c’était trop dangereux pour elles. Finalement on a été dans un café où hommes et femmes peuvent être séparé.e.s.

Sur la photo, il y en a une au téléphone en train de flâner, une qui lit un magazine, une qui se maquille et une qui boit son thé. Aujourd’hui c’est impossible de voir cette scène à Kaboul. On a pu faire ce shooting parce qu’on était seules sur la terrasse, et qu’elles sont venues avec leurs robes noires par-dessus ces robes de couleur. Aussi parce que le fiancé de Nilab “escortait” ces quatre jeunes filles.

Le but de ce shooting, en dehors de vouloir frapper l’œil artistiquement, était de leur faire ressentir une autre réalité pendant quelques heures. Nilab a eu du mal, mais les autres filles étaient excitées : elles riaient, faisaient tourner leurs robes… Pendant quelques heures, je les ai vues dans un état d’excitation, de joie, que je n’avais pas vu jusque-là.

quatre femmes en afghanistan portent des robes et sont assises

Une des photographies de la série “VIVANTES”, pour la condition des femmes en Afghanistan. Nilab est en rose, sa sœur en vert. © Meryl Curtat

Qu’as-tu ressenti pendant ce troisième voyage en Afghanistan ?

Je n’avais pas envie de rentrer, j’aurais aimé rester au moins un an là-bas, pour faire mes reportages plus en profondeur, plutôt que de survoler des vies en à peine quelques jours.
 
En règle générale, quand je rentre du terrain, je fais très attention à ne pas faire de déni de mes émotions. On voit des choses marquantes dans ce genre de reportages. C’était compliqué de partir mais je sais que j’y retournerai. Je ne sais juste pas encore quand. Et surtout je ne sais pas ce qui va arriver aux personnes que j’ai rencontrées et qui ont besoin d’aide.

“Aider Adeba à venir en France” 

Il y a quelques semaines, nous recevions un e-mail, de la part de Céline Bardet, juriste internationale et fondatrice de l’ONG “We Are Not Weapons of War”. Dans ce mail, un lien vers une collecte, pour aider Adeba, une enseignante et activiste Afghane, à financer son trajet jusqu’en France. Adeba et sa famille étant toujours bloqué.e.s en transit au Pakistan, la demande est toujours d’actualité.

Si vous souhaitez faire un don, le lien est juste ici.

Étiquettes:

Laisser un commentaire