Dilnur Reyhan : “Les femmes en première ligne dans le génocide visant les ouïghour.e.s”

Dilnur Reyhan, chercheuse et engagée pour la cause des Ouïghour.e.s, est assise sur un fauteuil, regarde la caméra et tient ses mains jointes

Photo © Marie-Alix Détrie

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Sept jours avant le rassemblement en soutien aux Ouighour.e.s, qui aura lieu le 2 octobre place de la Bastille à Paris à 14h, Marie-Alix fait le point avec Dilnur Reyhan, chercheuse et porte-voix des Ouïghour.e.s, sur la vie de ce peuple qui subit actuellement un génocide orchestré par le gouvernement Chinois.

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Rencontre avec Dilnur Reyhan : "Dans le génocide envers les Ouïghour.e.s, les femmes sont en première ligne"

Dilnur est chercheuse, présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe, militante pour les droits des Ouïghour.e.s aux côtés de l’euro-député Raphaël Glucksmann. Lorsque nous la rencontrons le week-end dernier au festival Empow’Her, nous nous asseyons dans une salle à l’écart. Dilnur prend sa gourde, boit une gorgée d’eau, puis la retourne. Elle fronce le sourcil, et soupire : “Made In China, évidemment…” Dilnur pense au travail forcé dont sont victimes les habitant.e.s de sa terre natale. Elle pense aux conditions d’incarcération dans les “camps de rééducation” où sont envoyé.e.s les Ouïghour.e.s, et aux conditions de vie des femmes en particulier. A une semaine du rassemblement pour les Ouïghour.e.s à Paris, le 2 octobre sur la place de la Bastille, retour sur la situation de ce génocide, dans lequel les femmes sont en premières ligne.

Par Marie-Alix Détrie, le 25.09.21

Vous avez vécu au pays Ouïghour, puis en Chine, jusqu’en 2004. Comment décrire la vie des Ouïghour.e.s, à ce moment-là ? Pouviez-vous alors imaginer qu’on en arriverait, un jour, à la situation actuelle ?

On distingue la Chine du pays Ouïghour. La Chine l’appelle le “Xinjiang”, un mot colonial qui veut dire “nouveau territoire”. Les Ouïghour.e.s refusent donc ce terme, iels appellent leur terre le “Turkestan oriental”.

J’ai d’abord quitté le pays Ouïghour pour faire mes études supérieures en Chine. J’ai ensuite quitté la Chine en 2004 pour continuer mes études en France. Jamais je n’aurais imaginé qu’on en arriverait là. Quand cela a été révélé par la presse en 2017, on n’y croyait pas. On a toujours subi de la discrimination, c’était courant d’être humilié.e dans la vie quotidienne, professionnelle, en tant que Ouighour.e. C’est d’ailleurs pour ça que je suis venue en France, pour devenir journaliste et dénoncer la situation coloniale.

La Shoah n’est pas enseignée en Chine, je ne connaissais pas cet événement historique en arrivant en France. Depuis, je lis énormément à ce propos, je regarde beaucoup de documentaires. Car il y a énormément de similitudes. La première, c’est le caractère ethnique et religieux du génocide ouïghour. La deuxième, ce sont les camps de concentration.

Quelle est actuellement la situation des Ouïghour.e.s en dehors des camps ? À quoi ressemble leur vie ? 

Qelbinur Sidiq, ex-professeure en camps, aujourd’hui à l’étranger, décrivait dans un témoignage la vie en dehors des camps. Pendant des mois, elle dormait grâce à une boîte de somnifères. Car toutes les nuits, les Ouïghour.e.s entendent la police qui arrive, frappent à une porte, arrêtent les gens. Selon elle, les Ouïghour.e.s ne dorment plus en pyjama, iels dorment habillés. Comme iels savent qu’iels n’auront pas le temps de se changer en cas d’arrestation, iels dorment prêt.e.s. Tout le monde attend son tour.

Car en dehors des camps, la vie n’est pas libre. Le pays ouïghour est la zone la plus surveillée au monde selon Human Rights Watch (HRW). Depuis 2017, la situation est comparable à celle de l’Apartheid en Afrique du Sud au XXème siècle, avec une surveillance similaire à celle présente aujourd’hui en Corée du Nord, mais avec la technologie la plus sophistiquée que la Chine possède aujourd’hui. La société ouïghoure actuelle est une société Orwellienne. Mais même l’imagination de George Orwell n’était pas arrivée jusque-là.

Comment fonctionne ce système de surveillance ? 

Tout geste, tout comportement des Ouïghour.e.s est surveillé, noté, par des fonctionnaires chinois.

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