Combattre le cybersexisme avec Stop Fisha

trois femmes, militantes contre le cybersexisme, regardent la caméra
Rachel-Flore, Hana et Shanley de Stop Fisha. © Marie-Alix Détrie pour Culot Creative

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Un samedi sur deux, on t’emmène à la rencontre d’une nouvelle thématique liée au combat féministe. Cette fois-ci, Marie-Alix interroge quatre fondatrices de Stop Fisha, assicuation de lutte contre le cybersexisme.
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Combattre le cybersexisme avec Stop Fisha

À l’occasion de la sortie du livre “Combattre le cybersexisme”, un guide engagé contre le cybersexisme et le cyberharcèlement qui sort cette semaine, Culot s’entretient avec quatre des douze cofondatrices de l’association StopFisha. L’association est créée pendant le premier confinement en mars 2020, en réaction à l’explosion des comptes dévoilant des photos intimes de jeunes filles sur les réseaux sociaux. Interview croisée avec Rachel-Flore Pardo, Shanley Mc Laren, Hana Outaik et Laura Pereira Diogo, pour décortiquer avec elles l’ampleur des cyberviolences faîtes aux femmes.  

Par Marie-Alix Détrie et Julia Sirieix, le 23.10.2021

Est-ce qu’on peut commencer par définir ce qu’est un compte Fisha ?

Shanley : C’est un compte créé sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, SnapChat, …), exclusivement créé dans le but d’afficher, d’où le verlan « Fisha ». On y « affiche » pour la plupart des jeunes filles mineures avec leurs images intimes, accompagnées d’informations personnelles comme le nom, le prénom, l’établissement scolaire, le numéro de téléphone, le numéro de téléphone des parents… Tout est fait pour les rendre identifiables, pour les afficher publiquement. Ces comptes Fisha sont l’incarnation du slutshaming public virtuel. Je vois ça comme une sorte de chasse aux sorcières avec pour but de harceler un maximum de femmes. Souvent le même message revient de la part de ces « fisheurs » : c’est fait pour les « redresser », les « remettre dans le bon chemin »,  les « sanctionner de leur puteries ».  

La pratique du Fisha a toujours existé. Quand sur la porte des toilettes d’un collège il est écrit « Vanessa suce des bites » avec un numéro de téléphone à côté, c’est exactement la même chose. Les comptes Fisha c’est simplement les violences patriarcales qui sont délocalisées en ligne.

Vous avez créé StopFisha pendant le premier confinement en mars 2020, en réaction à une explosion du cybersexisme et des comptes Fisha.

Shanley : Pendant le premier confinement il y a en effet eu une explosion des comptes Fisha. J’ai personnellement été alertée par ma petite sœur qui est lycéenne. Ça m’a révoltée, j’ai essayé de contacter pleins d’associations féministes et ça ne répondait pas. Je pense que le fait que ça se passe sur les réseaux sociaux a joué, car en général les gens se disent que comme ça se passe en ligne, on ne peut rien y faire. Tu te sens tellement impuissant.e… À cette époque là il n’y avait pas de soutien. J’ai commencé à poster des messages sur Twitter en disant « à l’aide ». C’est comme cela que l’on s’est toutes rencontrées.

Rachel-Flore : Assez vite, on a pris contact avec le cabinet de Marlène Schiappa en leur envoyant une liste des comptes à signaler. La réponse a été très claire : « on fait de notre mieux avec Instagram et Snapchat mais Telegram ne nous répond pas ». Peu de temps après le premier confinement nous avons a rencontré Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique qui nous a dit  : «  Merci d’être là, merci de nous pousser, on a besoin que vous continuiez à être exigeantes parce que sans vous nous n’avons pas le poids nécessaire pour faire changer les choses ». C’est un constat d’impuissance assumé, et je suis reconnaissante qu’il ait eu cette honnêteté avec nous.

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